Un espace territorial d’exception
La chaîne de Belledonne est un territoire géographique montagnard dont la ligne de crête culmine à presque 3 000 mètres d’altitude. N’offrant aucun col routier, la chaîne forme une barrière naturelle entre les massifs préalpins (Chartreuse, Vercors, Bauges) et les Alpes internes, et elle est délimitée par de profondes vallées. Ses paysages, sa faune et sa flore présentent une richesse exceptionnelle. Ses caractéristiques topographiques, sa géologie et son patrimoine naturel expliquent la diversité des activités humaines au sein du massif, en même temps que de forts enjeux de préservation.
Belledonne en chiffres
- 20 000 habitants à l’intérieur du massif, 90 000 avec la périphérie
- 80 kilomètres de l’Arc à la Romanche pour 20 kilomètres au plus large
- De 200 à 3 000 mètres d’altitude, soit un large panel d’élévations
- Environ 45 lacs d’altitude
- 22 tourbières d’altitude
- 65 % de surfaces forestières
- 357 types d’habitats écologiques recensés
- 10 000 hectares de surfaces pastorales
- 1 200 bovins et 12 400 ovins à l’estive chaque année
- 500 exploitations agricoles
Topographie et limites administratives
Le massif de Belledonne s’étend entre Vizille (en Isère) et Aiguebelle (en Savoie). Il est souvent appelé « chaîne de Belledonne » du fait de sa forme allongée et continue, sur 80 kilomètres de long pour seulement 20 kilomètres de large.
Cette chaîne est délimitée à l’ouest par la vallée de l’Isère, au nord par la vallée de la Maurienne, à l’est par les vallées des Villards et de l’Eau d’Olle, et au sud par la Romanche.
On compte quatre vallées internes au sein au massif : deux vallées « d’altitude » (le Bréda et la vallée des Huiles), et deux vallées plus basses, en bordure de massif, séparées du Grésivaudan par des collines (le Gelon et la vallée d’Uriage).
On décompose parfois le massif en « trois chaînons » : le « massif de Belledonne », de la vallée de la Romanche au pas de la Coche, le point culminant étant le Grand pic de Belledonne ; le « massif des Sept Laux », du pas de la Coche au col de la Croix, le point culminant étant le Rocher Blanc ; et le « massif d’Allevard », du col de la Croix à la vallée de l’Arc, le point culminant est le Puy Gris.
Le relief est marqué par de fortes pentes, et asymétrique à l’échelle du massif : le versant ouest, qui donne sur la vallée de l’Isère, présente des collines bordières et un relief plus progressif jusqu’aux crêtes, contrairement au versant est qui ne présente pas de collines bordières et plonge même à pic dans la vallée de la Romanche.
Si la topographie de la chaîne de Belledonne permet nettement de délimiter le massif, le territoire chevauche de nombreux périmètres administratifs, puisqu’il est à cheval sur les départements de l’Isère et de la Savoie, qu’il recoupe 6 intercommunalités et environ 80 communes.
Géologie et climat
du massif de Belledonne
La chaîne de Belledonne se situe à un entre-deux, à la fois climatique et géographique.
Un climat typique d’un massif préalpin
Elle est située en bordure ouest des Alpes du Nord, ce qui en fait un massif préalpin (au même titre que la Chartreuse, le Vercors ou les Bauges). Son climat montagnard humide se traduit par des précipitations abondantes, typiques des Préalpes, plus prononcées que dans les Alpes internes. Avec le relief accidenté et la diversité d’expositions des pentes, de nombreux phénomènes de microclimats sont présents sur la chaîne.
Une géologie particulière
Cependant, la géologie de la chaîne diffère des massifs préalpins voisins, qui sont composés de roches calcaires. La chaîne de Belledonne est un massif cristallin externe, tout comme les massifs du Mont Blanc, du Mercantour, du Beaufortin et de la Lauzière. Elle est composée majoritairement de granite et de gneiss, bordé à l’ouest par des collines de calcaire argileux issues d’anciennes moraines. Ces caractéristiques géologiques lui confèrent une topographie bien plus rocailleuse et escarpée que ses voisins calcaires, avec de fortes pentes et peu de végétation. Tout comme le climat, la nature exacte des roches du massif varie localement selon l’histoire géologique : des ophiolites à Chamrousse, des filons de fer dans le Bréda, dans les Hurtières et à Allevard.
Pour compléter sur l’aspect géologique, la chaîne de Belledonne est constituée de roches granitiques appartenant à la chaîne hercynienne datant du carbonifère (-332 millions d’années), des roches plus âgées que celles voisines et calcaires du Vercors et de la Chartreuse (Post trias, -200 millions d’années). Ces deux massifs sont situés sur le même socle granitique dont est issue Belledonne ; cela signifie que l’on trouve sous la Chartreuse et le Vercors les mêmes roches qu’en Belledonne ! En revanche, l’élévation de Belledonne (Cénozoïque) est postérieure à la formation de la Chartreuse et du Vercors (Crétacé).
Un patrimoine naturel exceptionnel
Le massif de Belledonne est considéré comme un réservoir de biodiversité : son relief, rendant l’accès difficile, a limité l’impact des activités humaines sur le territoire. De fait, la chaîne est très peu urbanisée, ce qui l’a préservée, même si les activités de l’Homme ont aussi contribué à façonner les paysages que nous voyons aujourd’hui. Cette particularité explique la présence d’espèces souvent rares en France.
5 - Étage NIVAL
L’étage nival est composé des milieux exclusivement rocailleux, souvent à très forte pente principalement des falaises et des éboulis. La végétation est éparse voire inexistante. Toutefois, malgré ces conditions difficiles, certaines espèces continuent à s’y développer, comme la cardamine de Plumier, une espèce pionnière et protégée. Belledonne abrite neuf reliquats de glaciers (dont un seul crevassé). Ils sont aujourd’hui fortement touchés par le dérèglement climatique et fondent très rapidement. Leur retrait laisse place à de nouveaux écosystèmes vierges.
4 - Étage ALPIN
L’étage alpin est une zone quasiment dépourvue d’arbres à l’exception de pins à crochet et cembro, ou de landes de végétation arbustive tels que les rhododendrons ou genévriers. Malgré le fait qu’elles soient un haut lieu du pastoralisme, les pelouses sont menacées par la remontée de la forêt et l’enfrichement. Sur Belledonne, cette zone est parsemée de nombreux lacs d’altitude oligotrophes parfois accompagnés de zones humides annexes. Ce sont des milieux fragiles mais aussi des points de forte attractivité touristique. Cet étage alpin abrite de nombreuses espèces et habitats patrimoniaux, entre autres : herbiers aquatiques, triton alpestre et grenouille rousse dans les milieux humides, cembraie, casse-noix moucheté, bouquetin, lagopède alpin et tétras-lyre dans les milieux ouverts et les landes.
3 - Étage SUBALPIN
L’étage subalpin monte entre 1 400 et 1 800 mètres. Il est constitué de forêts, majoritairement d’épicéas, qui représentent plus de 50 % de la surface de Belledonne. Certains boisements présentent un intérêt écologique particulièrement fort, comme les boisements alluviaux (le long des cours d’eau) ou les hêtraies-sapinières. Sur Belledonne, cet étage est notamment caractérisé par la présence de nombreuses tourbières acides d’altitude, qui font souvent l’objet de protections sous la forme d’Arrêtés de Protection de Biotope (APPB) ou d’Espaces Naturels Sensibles (ENS). Ces zonages sont généralement motivés par la présence sur ces tourbières d’espèces protégées ou classées : flore (par exemple la droséra ou la canneberge), amphibiens (tritons et grenouilles), odonates (cordulie arctique, agrion hasté), ou encore chauves-souris (comme le minioptère de Schreibers).
2 - Étage MONTAGNARD
L’étage montagnard, appelé « Balcons de Belledonne », est constitué des collines bordières du massif. Son altitude va de 400 à 800 ou 900 mètres. Ce relief est plus doux que la partie haute, avec de nombreux villages bordés par des forêts de feuillus et des prairies pâturées. La pente et l’ensoleillement de certains versant permettent la formation de prairies particulières, appelées « pelouses sèches ». Elles sont caractérisées par un sol pauvre et un cortège de faune et de flore particulières (orchidées, sauterelles, criquets, papillons…). Ces habitats, considérés comme patrimoniaux, sont en déclin à cause de l’embroussaillement.
1 - Fond de vallée
Le fond de vallée est constitué des plaines alluviales de l’Isère, fortement anthropisées, avec des agglomérations et des espaces cultivés.
Usages du territoire

Tourisme
Parce qu’elle est une zone montagneuse, la chaîne Belledonne est aussi un territoire attractif d’un point de vue touristique. Elle compte 4 stations de skis réparties sur le massif : Chamrousse, à l’extrême sud, Les 7 Laux, le Domaine du Barioz et du Grand Plan, au milieu, et le Collet d’Allevard, plus au nord. Toutes sont tournées vers le côté Grésivaudan, où l’afflux de touristes est plus conséquent.
Depuis le confinement en 2020, la chaîne connaît une explosion de la fréquentation touristique, avec l’essor des activités de pleine nature : randonnée, trail, ski de randonnée… Cette fréquentation témoigne d’une meilleure accessibilité de la montagne aux populations citadines et constitue une manne financière importante pour le territoire, mais elle se heurte également aux autres usages de la montagne. Cette augmentation de la fréquentation offre des opportunités nouvelles pour sensibiliser aux enjeux environnementaux et nécessite de mieux penser la cohabitation, à la fois des usages (pastoralisme, agriculture, tourisme…), des populations (professionnels, habitants…) et du monde végétal et animal.

Industries et hydroélectricité
Les mines
Les activités industrielles furent nombreuses sur le massif. Autour d’Allevard et des Hurtières, l’exploitation de plusieurs anciennes mines, principalement de fer, aurait débuté avant le XIe siècle. La présence d’eau sur place a permis de construire des forges, comme à Pinsot. Les extractions se sont progressivement arrêtées à la fin du XIXe et au début du XXe siècles. Aujourd’hui, ce passé minier est devenu une source d’attractivité touristique, avec la présence de plusieurs musées, ainsi que des sentiers de randonnées dédiés. Ce passé a également fortement marqué le territoire à travers la toponymie des lieux, comme le Col de la Mine de Fer.
Les papeteries et l’hydraulique
Au milieu du XVIIIe siècle, la disponibilité en eau et la présence de grands espaces boisés ont permis l’installation de papeteries au pied de Belledonne. Aristide Bergès, industriel papetier, installe à la fin des années 1870, à Lancey, des conduites forcées pour faire fonctionner plus de machines. A cette époque, l’énergie hydroélectrique produite est très importante. La « Houille blanche », un terme désignant la puissance hydraulique sous toutes ses formes, est d’ailleurs popularisée à l’Exposition universelle de Paris, en 1889.
Depuis lors, l’industrie des papeteries et cartonneries a progressivement diminué. Seules deux papeteries (à Séchilienne et Vizille) et une cartonnerie (à La Rochette) sont encore en activité en Belledonne. En revanche, la production d’hydroélectricité s’est intensifiée et elle façonne aujourd’hui les cours d’eau du territoire. De nombreux torrents possèdent des microcentrales et il existe de nombreuses retenues d’eau sur l’ensemble du massif (Grand-Maison, Allemond, lac du Crozet, retenue d’Allevard…). Grand-Maison, qui est situé dans la vallée de l’Eau d’Olle, fournit la centrale hydroélectrique la plus puissante de France.

Pastoralisme
La chaîne de Belledonne est un territoire pastoral, avec environ 31 alpages et 10 674 hectares de surfaces d’altitude pâturées. Chaque printemps, 1 200 bovins et 12 400 ovins (majoritairement élevés pour la viande) partent paître dans les hauteurs du massif, pour une durée de 100 à 120 jours. On compte aujourd’hui 17 groupements pastoraux et 14 bergers salariés sur le territoire.
Les espaces pastoraux du massif occupent les lignes de crêtes et sont soumis à la pression forestière. De par la nature des roches, les pelouses tendent à s’acidifier et deviennent des landes, contraignant les gestionnaires pastoraux à effectuer beaucoup de débroussaillage. La présence du loup, désormais bien implanté dans le massif, est également un enjeu pour l’activité.
Le pastoralisme a plusieurs rôles : il permet la création et le maintien des emplois, ainsi que l’entretien des paysages d’altitudes, notamment en conservant des espaces ouverts. De plus, le mode de gestion des zones pastorales bénéficie au maintien de la biodiversité. Le pastoralisme participe à l’équilibre fourrager et économique des exploitations locales, dans une véritable relation montagne-vallée.
Ainsi, le pastoralisme est une activité économique incontournable et indispensable pour le massif de Belledonne. Des actions de sensibilisation sont menées pour faire davantage connaître les enjeux de cette activité et inciter les usagers de la montagne à respecter les bergers et leur travail.

Agriculture
L’évolution du paysage de Belledonne est intimement liée à l’histoire de l’agriculture sur le massif. Avant la deuxième moitié du XXe siècle, les coteaux du massif étaient utilisés pour des activités pastorales, viticoles et fourragères. La surface forestière était alors très réduite, les cultures remontant haut sur les pentes du massif.
L’industrialisation de l’agriculture et les évolutions de la Politique Agricole Commune (PAC) ont rapidement rendu ces activités non rentables. En effet, l’agriculture en Belledonne était pratiquée sur des petites parcelles, dans de fortes pentes non mécanisables et sur des sols peu profonds. Il y a donc eu une déprise agricole, c’est-à-dire que les paysans sont partis travailler dans la vallée, ce que le développement des industries a accentué. De ce fait, les espaces délaissés par ces anciennes activités agricoles se reboisent peu à peu.
Comparaison de vues satellite 1950/Aujourd’hui
Progression de la forêt
On dénombre actuellement environ 500 exploitations agricoles sur le massif, avec une majorité d’élevages bovins. Les fortes pentes sont plus faciles à valoriser pour nourrir le bétail que pour la culture de végétaux. Les fermes sont généralement de petites tailles (17 hectares en moyenne en 2018), avec une forte proportion de doubles-actifs : les exploitants travaillent de manière saisonnière, cumulant leur activité avec un emploi saisonnier, par exemple en station de ski ou dans la vallée, afin de compléter les revenus.
Même si l’installation en Belledonne reste difficile compte tenu de la pression foncière et des conditions environnementales, il existe une dynamique de relance de l’agriculture de montagne, avec la volonté de promouvoir des produits locaux et de qualité sur le territoire. Ainsi, Belledonne bénéficie d’un réseau actif de fermes, dont une grande partie vendent leurs produits par des circuits courts (points de vente collectifs, AMAP, vente directe…). L’Association de Développement de l’Agriculture en Belledonne (ADABEL) dynamise et structure ce réseau.

Exploitation forestière
Belledonne est un territoire forestier, environ 65 % de sa surface est recouverte de forêts. La moitié des espaces forestiers est composée de conifères de l’étage subalpin, avec une forte proportion d’épicéas. Plus bas, au niveau des balcons et des piémonts, les feuillus dominent, avec la présence de hêtres et de forêts mixtes.
Sur le territoire, l’activité sylvicole est forte. Le bois est une ressource économique importante pour de nombreuses communes. La filière bois génère 1 800 emplois directs et autant d’emplois indirects. Il existe une réelle complémentarité entre la montagne (ressource forestière) et la plaine (bassin d’emploi). L’exploitation reste néanmoins difficile sur une grande partie du territoire, notamment en raison des pentes fortes et d’un foncier privé fortement morcelé.
La forêt de Belledonne se heurte également à de forts enjeux climatiques. Les épicéas sont particulièrement sensibles au réchauffement climatique, qui accélère leur dépérissement. Une gestion sylvicole intégrée, prenant en compte les nécessités économiques, mais aussi les enjeux écologiques et les impacts du changement climatique, reste nécessaire pour assurer l’avenir des forêts du massif.

Habitat
Le massif de Belledonne est habité et représente en cela un important lieu de vie. La population se concentre à 80 % dans les communes des piémonts à l’ouest du massif, dans la vallée de l’Isère et en bordure de Grenoble.
La population interne du massif (communes non limitrophes) est d’environ 20 000 habitants et se répartit de manière assez hétérogène : les communes au sud sont en moyenne plus peuplées, tandis que certaines communes comptabilisent moins d’une centaine d’habitants à l’année, comme dans la vallée des Villards ou dans la vallée des Huiles. Depuis 1962, la population de Belledonne a doublé et reste en augmentation progressive.





