La « Responsabilité biologique » de Belledonne

27 Jan 2026 | Biodiversité, Projets

Cette étude s’inscrit dans le cadre du Contrat Vert et Bleu Belledonne, qui porte sur 80 communes (6 intercommunalités et 2 départements).

Qu’est-ce que la responsabilité biologique d’un territoire ?

La responsabilité biologique (ou patrimoniale) d’un territoire vis-à-vis d’une espèce ou d’un habitat rend compte du rôle que le territoire joue pour la conservation de l’espèce ou de l’habitat en question à plus large échelle. Ce niveau de responsabilité peut être évalué pour chaque espèce connue présente sur le territoire.

Plusieurs facteurs, décrits dans le schéma ci-dessus, sont pris en compte : la patrimonialité de l’espèce, sa rareté, son état de conservation, sa résilience face aux pressions, la présence de conditions adéquates sur le territoire pour son développement… Ces facteurs sont évalués à différentes échelles, de nationale à locale. Ces résultats sont ensuite combinés afin d’établir un classement final qui permet de faire ressortir les espèces pour lesquelles le territoire a une responsabilité élevée. Par exemple, Belledonne aura une forte responsabilité pour un animal inféodé aux milieux alpins avec une faible capacité de dispersion, bien présent dans la chaîne de Belledonne mais relativement peu ailleurs (comme le lagopède alpin). Cette responsabilité sera d’autant plus forte si l’espèce est particulièrement soumise à certaines menaces (destruction de son habitat, espèce invasive…).

Application au territoire de Belledonne

Afin de porter à connaissance, de sensibiliser et d’outiller les acteurs du territoire sur la thématique de la biodiversité, Espace Belledonne a lancé en 2024 une étude d’évaluation de la responsabilité biologique de Belledonne.

6 groupes d’espèces ont été pris en compte dans cette étude : mammifères, oiseaux, amphibiens et reptiles, chiroptères (chauves-souris), odonates (libellules) et plantes à fleurs. Au total, 60 espèces ont été évaluées d’une responsabilité assez forte à majeure pour le territoire. Ce sont majoritairement des espèces montagnardes.

Le graphique ci-dessous montre que les groupes d’espèces comportant le plus d’espèces à responsabilité élevée (assez forte à majeure) sont la flore, les chiroptères, et les amphibiens & reptiles. La flore comporte le plus d’espèces à responsabilité majeure, avec des espèces particulièrement rares présentes en Belledonne.

La carte ci-contre représente la responsabilité par secteur. Elle a été estimée selon le nombre d’espèces à responsabilité présentes dans chaque secteur, en prenant en compte le niveau de responsabilité et l’importance du secteur par rapport à la répartition globale de l’espèce sur le massif. Les zones les plus montagneuses du massif (centre de la chaîne) présentent généralement un nombre d’espèces à responsabilité élevé. Les secteurs possédants les plus forts taux de responsabilité sont Balcons Sud, le Haut-Bréda et la Romanche.

Attention : le niveau plus “faible” de responsabilité dans certains secteurs peut être dû à un nombre d’espèces à responsabilité restreint mais aussi à une méconnaissance des espèces présentes (côté Basse Maurienne par exemple). Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas ou peu d’enjeu ! Dans les secteurs urbanisés, il est d’autant plus crucial de préserver ce qu’il reste de biodiversité.

La connaissance du territoire, une autre forme de responsabilité

Cette étude a particulièrement fait ressortir l’hétérogénéité des connaissances naturalistes sur le territoire de Belledonne. Ainsi, certaines espèces n’ont été observées que très peu de fois. On peut distinguer différentes raisons à cela, souvent combinées :

  • L’espèce est rare sur le massif ; il n’y a que peu d’habitats adaptés ou elle n’est est pas réellement implantée. Les individus repérés sont de passage ou isolés.
  • L’espèce est présente mais peu inventoriée, car difficile à repérer, vivant dans des endroits inaccessibles ou ne faisant pas partie des inventaires classiquement pratiqués lors des études et diagnostics.

Le graphique ci-dessous illustre bien la différence de données disponibles selon les espèces. Les oiseaux et les odonates sont les plus inventoriés, tandis que les chiroptères et mammifères sont très peu observés. La flore n’a pas été prise en compte en raison de la répartition des observations de certaines espèces très localisées qui auraient créé un biais.

La carte suivante permet de visualiser les secteurs où le manque de connaissances est le plus marqué. Ainsi, le versant est du massif ressort comme moins prospecté que le centre et le sud. Le secteur des Balcons Sud est très nettement plus connu, notamment grâce à la présence de nombreux zonages (ENS, zone Natura 2000) qui ont donné lieu à la réalisation de plusieurs études du patrimoine naturel.

La connaissance du territoire est essentielle pour savoir quelles actions mener et où, et constitue une responsabilité du territoire à part entière. Si les actions pour la biodiversité sont toujours bénéfiques, une bonne connaissance des enjeux et espèces présentes permet d’agir au mieux pour des bénéfices maximaux.

De l’approche patrimoniale à l’approche territoriale

Si la présence de certaines espèces témoigne du caractère exceptionnel de certains sites, une approche basée uniquement sur des espèces patrimoniales ne permet pas d’avoir une vue suffisamment exhaustive des enjeux biodiversité sur le massif. De plus, certains groupes d’espèces (comme les papillons ou les poissons) n’ont pas été évalués, si bien que les enjeux liés à certains habitats seraient largement sous-estimés en utilisant uniquement cette méthode.

Ainsi, le travail sur la responsabilité a été complété par une compilation des connaissances biodiversité sur l’ensemble du massif, acquises au cours des différentes études menées sur le territoire (notamment dans le cadre des CVB). Les éléments suivants ont ainsi été pris en compte pour identifier et localiser les enjeux plus précisément. Ils sont représentés à l’échelle du massif sur la carte ci-contre.

Attention : de nombreuses études portent uniquement sur une partie du territoire. Certaines informations ne figurent donc pas à l’échelle du massif, ou sont issues de sources différentes

  • La présence d’espèces à responsabilité, obtenues grâce aux données d’observation de Biodiv’AURA et du SINP national et à divers études et inventaires menés en Belledonne. Pour des raisons de lisibilité ces données ne sont pas représentées sur la carte ;
  • Les forêts matures (ou Trame Vieux Bois) : L’exploitation sylvicole intensive uniformise les arbres et écourte le cycle naturel des forêts, qui s’étale normalement sur plusieurs siècles, de la naissance au dépérissement des arbres. Dans une « vieille » forêt, la diversité d’habitats (plusieurs strates de végétation, bois mort, loges dans le tronc, blessures dans l’écorce, etc.) et la vie biologique des sols sont préservées. La diversité des essences est aussi un élément crucial pour la résilience des forêts face au changement climatique. Ces caractéristiques sont nécessaires à de nombreuses espèces : coléoptères saproxyliques, pics, mammifères…  Sur Belledonne, cette trame vieux bois est en cours de cartographie dans les forêts publiques. C’est aujourd’hui un enjeu encore méconnu qui gagnerait à être davantage étudié et pris en compte. De plus, certains boisements présents en Belledonne (hêtraie-sapinière) figurent sur liste rouge.
  • Les pressions : Pour cette étude, les pressions prises en compte sont principalement la fréquentation (sentiers, itinéraire de ski de randonnée ; non représentés sur les cartes), la présence de routes accidentogènes, d’agriculture intensive, d’urbanisation et les plantes exotiques invasives. Les données concernant ces dernières sont issues de Biodiv’AuRA (base de données d’observations naturalistes, pas uniquement dédiées aux invasives, donc sûrement peu complètes).
  • Les zones humides : Les zones humides sont des milieux fragiles, très menacés par les activités humaines et le changement climatique. Pourtant, ils sont essentiels pour la survie de nombreuses espèces, y compris celle des humains, car ils accomplissent un grand nombre de services écosystémiques : régulation des crues/inondations, de la ressource en eau, du cycle du carbone, etc. En Belledonne, 216 zones humides ont été recensées, soit 957 hectares. Certains syndicats de bassin versants les ont inventoriées et priorisées dans un Plan de Gestion des Zones Humides (SYMBHI, SISARC).
  • Les corridors écologiques : Ces « couloirs » permettent aux espèces de se déplacer d’un habitat à un autre. Le réseau qu’ils forment est appelé « trame ». Ces trames peuvent être vertes (pour les milieux terrestres), bleues (pour les milieux aquatiques) ou noires (pour les zones sans éclairage artificiel). Les mouvements de la faune, permis par ces trames, sont essentiels au brassage génétique des populations et à l’accomplissement des cycles de vie de nombreuses espèces. Sur la carte ci-dessous, on distingue les corridors « trame verte » intra-massif (en vert), et inter-massifs (en violet), qui permettent aux espèces de circuler d’un massif à l’autre.
  • Les prairies naturelles : pelouses sèches et prairies mésophiles : Les prairies naturelles ne sont ni labourées ni semées. Elles peuvent être pâturées ou fauchées. Elles subissent une régression à l’échelle européenne et dans nos montagnes, notamment à cause de la déprise agricole. Dans les récents inventaires sur Belledonne, deux types de prairies naturelles ont été pris en compte :
    • Les pelouses sèches, spécifiques des coteaux ensoleillés, qui présentent un cortège d’espèces particulières et ont déjà fait l’objet de plusieurs études en Belledonne.
    • Les prairies mésophiles, jusque-là peu étudiées, qui abritent aussi une grande variété floristique et un intérêt pour les pollinisateurs. Elles complètent la trame des pelouses sèches.

Ces milieux représentent donc d’importants enjeux fortement liés au maintien de l’agriculture sur le massif. Au total, 970 parcelles de pelouses sèches ont été recensées soit 1 166 hectares, et 326 parcelles de prairies permanentes (soit 745 hectares).

Cette compilation permet ainsi de mêler une approche patrimoniale par espèce et une approche par fonctionnalité du territoire et des habitats. Le croisement de ces informations a permis la délimitation de « noyaux d’enjeux biodiversité« , répartis sur l’ensemble du massif.

Cette carte sera bientôt remplacée par une cartographie interactive, plus détaillée et plus complète.

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En résumé :

La responsabilité biologique définit le rôle d’un territoire pour la conservation d’une espèce ou d’un habitat. Cette responsabilité a été évalué pour certains groupes d’espèces en Belledonne, puis complétée par une compilation des connaissances biodiversité plus générales. Les objectifs et utilisations de cette étude sont les suivants :

► Localiser les enjeux à l’échelle du massif

► Favoriser l’émergence de projets en faveur de la biodiversité

► Communiquer et mettre en valeur la biodiversité exceptionnelle du territoire

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Agir à son échelle

L’étape d’appropriation du travail est importante : les acteurs du territoire doivent pouvoir facilement comprendre et s’approprier les résultats afin d’identifier des actions adaptées aux spécificités locales et à leur échelle. Par exemple, un ensemble de milieux à restaurer sur une grande surface nécessitera une vision globale et des actions portées à l’échelle d’une intercommunalité, voire d’un département ou d’une région (par exemple, des actions existent pour aider au maintien des milieux ouverts). En revanche, des actions comme un creusement de mare ou des inventaires participatifs, nécessitant moins de moyen, mais qui reste tout aussi intéressantes, seront plus facilement portées par des communes ou des associations locales.

Espace Belledonne travaille ainsi à l’élaboration de livrets « guides », présentant l’étude et déclinant les résultats par secteurs. Ces guides permettent aussi de rappeler les zonages existants, ainsi que de lister des structures à contacter si l’on souhaite agir.

Pour aider à l’appropriation de cette étude sur la biodiversité, Espace Belledonne propose des ateliers à destination des communes et des acteurs du territoire. Ces ateliers permettent de découvrir, d’enrichir et de nuancer les résultats grâce aux connaissances des spécificités locales. Ces ateliers sont aussi l’occasion de discuter des outils et des actions à la portée des communes. Ils permettent d’identifier les besoins et les demandes du territoire pour Espace Belledonne.